Mais pourquoi n’y a t’il pas de traduction systématique en français ?

Mais pourquoi n’y a t’il pas de traduction systématique en français ?

12 août 2017 0 Par Cyril Thevenot

 

 

Traductions et jeux vidéo – Article du 7 Mai 2017

 

Comme vous avez pu le constater en nous lisant ou tout simplement lors de vos recherches d’informations sur un jeu où expérience qui vous intéressait, nombre de titres ne sont tout simplement pas traduits en Français. Pourquoi cet oubli, est-ce vraiment un oubli ?

Tout au long de cet article, nous allons essayer d’expliquer les raisons de cela mais également apporter des pistes de réflexion.

La langue Française sur la défensive face à l’Anglais …

Passons sur les clichés qui sont malheureusement parfois bien réels concernant la grande difficulté des Français à maîtriser la langue de Shackespeare. Sans doute est-ce dû à la structure même du Français (langue écrite) rendant l’acquisition d’une autre langue plus difficile, mais également peut-être à cause de nos méthodes d’apprentissage. Et que dire de la grande rivalité historique entre la France et l’Angleterre? Ne riez pas?. Nous retrouvons cette rivalité encore aujourd’hui dans le sport et les qualificatifs caractérisant nos voisins d’outre-manche sont encore légion et fleuris. Ne serions-nous pas conditionnés ?

Au niveau institutionnel la loi Toubon n’impose t’elle pas la francisation des môts d’origine anglo-saxonne? Ainsi le “CD-ROM” que tout le monde connaît s’écrit en Français “cédérom“. Et au lieu du dît “corner” au football nous devrions dire “coup de pied en coin“. La France fait donc feu de tout bois pour résister à la pénétration de la langue Anglaise sur son territoire. Le doublage systématique des films et séries américaines en est un autre exemple. Rappelons que nos voisins européens et principalement nordiques ne pratiquent pas cet art et sont très tôt familiarisés avec l’Anglais.

La langue Française dans le monde

Bien que le Français soit la troisième langue la plus utilisée dans le monde des affaires, elle est loin de faire partie du podium concernant le classement des langues les plus parlées. Si l’on ne comptabilise que la première langue parlée (Langue maternelle), la première place revient au Mandarin (Chinois), puis vient ensuite l’Hindi (Inde), l’Anglais, l’Espagnol, l’Arabe, le Malais-Indonésien et le Portugais. La langue Française n’arrive qu’en 8ème position. Le Français est la 2e langue la plus apprise après l’Anglais, il est également la 4e langue la plus utilisée sur Internet (Source OIF). En intégrant le Français comme seconde langue dans le calcul, après le Mandarin,l’Espagnol, l’Anglais et l’Arabe, le Français se place à la 5e place des langues les plus parlées au monde. Sans doute pouvons-nous trouver là, une des raisons de la non traduction en Français de titres émanant de studios anglo-saxons ou asiatiques.

Hormis l’aspect purement économique et les coûts de développement d’un jeu multi-langues, un américain (par exemple) ne perçoit pas forcement que sa langue n’est pas maîtrisée dans certains pays comme la France. Ma pensée n’est en rien réductrice car avez-vous déjà conversé avec des anglophones? Nombreux (mais pas tous) sont ceux croyant que nous maîtrisons leur langue. Un exemple simpliste mais pourtant vérifié maintes fois : un touriste américain vous abordera généralement dans sa langue. Nous pouvons en déduire que des deux côtés des efforts restent à faire pour une  plus grande concorde.

Ainsi, si l’on prend l’exemple d’Apollo 11 Vr du studio Américain Immersive VR Education nous pouvons constater que seul l’anglais est pris en compte au niveau de l’audio alors que le Russe et l’espagnol le sont pour les sous-titres. Ce titre, émanant du crowdfunding Kickstarter a permis sans aucun doute aux développeurs d’être confortés dans leur décision de ne le produire qu’en anglais. Avez-vous pris le temps de regarder la liste des donateurs ? Ce sont en grande majorité des noms anglo-saxons qui ont souscrit. Ceci explique sans doute cela.

Les développeurs Français dans le monde du Jeu Vidéo

Maintenant, une position plus “business”. Que représente le marché Français et Francophone dans le secteur d’activité des jeux vidéo et plus particulièrement de la Réalité virtuelle (VR) ?

Jadis dans les années 80-90, les studios français étaient bien représentés (Microids, Titus, Kalisto-entertainement, Delphine softwares, Infogrames-Atari …) et nombre de titres émanaient de ces studios. Désormais est-ce toujours le cas ? Certes, il y a bien Ubisoft poids lourd des jeux vidéo battant pavillon Français. Mais la multitude de ses antennes disséminées sur plusieurs continents diluent sans doute l’identité nationale. Toutefois la totalité des jeux Ubisoft sont traduits en français.

Notre territoire compte à ce jour 259 studios de développement et start-up liés aux jeux vidéo. Certains d’entre eux deviendront peut-être un jour incontournables ?

Certains studios Français ont réussi à ce faire remarquer ces dernières années sur la scène internationale. On peut citer Dontnod Entertainment avec ses titres Remember me et Life is Strange, Quantic Dream et son intrigue policière Heavy Rain ou Arkane Studios à Lyon qui a travaillé conjointement avec son homologue à Austin (USA) sur Dishonored.

Parlons chiffres. Le marché des jeux vidéo en France (tous supports) sur l’exercice 2016 représente 1,25 milliards d’euros. Joli montant mais moins que le marché japonais ou chinois. Le titre le plus vendu en France sur cette même année d’exercice est FIFA 2017 avec 1,4 millions d’exemplaires alors qu’il s’en est écoulé 83 millions au niveau mondial. Soit 1,6%. C’est bien mais ça reste peu. Maintenant imaginons la goutte d’eau que doit représenter les ventes d’un titre VR en France au niveau mondial …

Gardez toujours à l’esprit le fait que le marché de la VR est encore réduit et le volume de titres vendus limité comparativement à un titre dit “classique”. Ce n’est pas pour rien que nous assistons au portage de jeux ou expériences sur plusieurs plateformes. Si l’on additionne rapidement le nombre de casques PlaystationVR, HTC Vive et Occulus RIFT, nous n’atteignons pas les 2 millions d’exemplaires pour le moment. La non traduction de titre VR est principalement liée à des raisons purement économique.

Comment pouvons-nous tenter de solutionner cela ?

La solution la plus simple serait que nous parlions Anglais aussi bien que nos voisins Allemands par exemple. Cela relève (pour l’heure) de l’utopie. Je vous exempt des solutions éducatives qui ne sont pas de notre ressort.

Sans doute est-ce à nous autres, consommateurs Français de nous rapprocher d’organismes tels que le Syndicat des Editeurs de Logiciels de Loisirs pour demander à ce que chaque jeu importé sur le territoire national, soit au minimum sous-titré en Français, au même titre que les œuvres du 7éme art. Le jeu vidéo n’est-il pas la deuxième industrie culturelle, juste derrière le livre ?  Mais cela ne serait-il pas perçu comme une mesure protectionniste alors que le marché est lui mondialisé ?

Nous pourrions également par le biais de la communauté VR ou autre, proposer aux studios une traduction en français. Mais cela demanderait une connaissance en amont du projet de “qui fait quoi et avec qui “ainsi que des liens étroits avec ces mêmes studios. Cela sera sans doute possible lorsque le marché de la réalité virtuelle aura mûri et ses acteurs, structurés. Aujourd’hui la multitude de petits studios rend la chose difficile par manque de visibilité.

Par ailleurs, les studios eux-mêmes accepteraient-ils de dévoiler profondément leur projet à des “inconnus”? Derrière la création d’un jeu ou d’une expérience il y a toute une économie qui est en branle avec des accords d’exclusivité qui seraient mis à mal par un tel procédé.

La récente annonce d’Ubisoft de créer de nouveaux studios sur le territoire national dont un à Bordeaux peut être perçu comme une solution. En effet, nous l’avons vu, la France a pendant longtemps était un acteur “actif” et dynamisant de ce secteur. Son savoir-faire et la reconnaissance de celui-ci n’est plus à faire. Mais hormis le nom d’Ubisoft, qui dans le grand publique peut nommer des studios indépendants français? (Wild sheep studio) Pourquoi ? Un manque de communication du secteur sans doute. Pourtant ces studios existent et tentent de produire. Alors, pourquoi ne pas les mettre en avant, les soutenir financièrement pour qu’ils puissent s’exprimer, leur donner de la visibilité et ainsi contribuer à ce que la France redevienne un acteur phare du marché ? Nous aurions ainsi plus de titres dans notre langue.

Les possibilités d’actions sont réduites. Nous ne pouvons pas actuellement, imposer à un studio étranger de traduire ou de sous-titrer son produit en Français. Notre marché national du jeu vidéo même si son chiffre d’affaire est conséquent, ne fait pas de lui un des ténors mondial à même d’imposer sa langue. De nombreux efforts sont à faire, aussi bien du côté des studios que de nous autres français vis à vis de l’apprentissage de la langue de Shakespear.

Pourtant des lueurs d’espoir tendent à devenir visibles. La mondialisation du marché, et l’accroissement des coûts de production dans un secteur concurrentiel peuvent à terme obliger les studios à se différentier ou se spécialiser afin d’augmenter leur volume de ventes. Ainsi, un marché de 1,25 milliards d’euros de chiffre d’affaires ne pourra longtemps être “boudé ” par les studios. Les efforts de pénétration de ce marché imposeront d’eux-mêmes aux studios l’ajout du Français. Le studio Taïwanais, Winking Entertainement ayant produit Unearthing Mars ne l’a t’il déjà pas assimilé ?